Actualités
Article long

Agrivoltaïsme : fondations et raccordement

Sur un projet agrivoltaïque, ce qui décale une mise en service, ce sont les fondations et le raccordement, pas les modules. Ce qu'il faut arbitrer tôt.

8 min de lecture
Solaire industrielCentrale solaireRaccordement HTA
Agrivoltaïsme : fondations et raccordement
Sur un projet agrivoltaïque, la discussion se concentre presque toujours sur la hauteur des tables et sur la culture qui passera dessous. C'est légitime, c'est ce que regarde la commission départementale. Mais ce n'est jamais ce qui fait déraper un calendrier. Ce qui le fait déraper, ce sont deux sujets dont on parle tard : la façon dont la structure tient dans un sol agricole, et la date à laquelle le poste de livraison sera raccordé. Voici ce que nous voyons depuis le lot technique.

Le projet agrivoltaïque ne se joue pas sur les modules

Un module posé au-dessus d'une parcelle exploitée est un module ordinaire. La technologie ne change pas. Ce qui change, c'est tout ce qui se passe entre lui et le réseau, et tout ce qui se passe sous lui.

Sous lui, il y a une activité qui doit continuer. Un troupeau, une vigne, des grandes cultures, un maraîchage. Cette activité impose une hauteur libre, une largeur d'inter-rang, et surtout des passages d'engins qui n'existent pas sur une centrale classique. Une moissonneuse ne contourne pas un pieu mal placé, elle s'arrête.

Entre lui et le réseau, il y a une longueur de câble, un poste, et une file d'attente. Sur une parcelle agricole, le point de livraison est rarement à cinquante mètres. Il est souvent à plusieurs centaines de mètres, parfois de l'autre côté d'une route départementale.

Ces deux contraintes ne se règlent pas au moment du chantier. Elles se règlent au moment de l'implantation, c'est-à-dire bien avant. C'est la même logique que sur une centrale photovoltaïque au sol classique, mais avec une marge d'erreur beaucoup plus faible.

Les fondations : tenir le vent, laisser passer les engins, rester réversibles

Sur un projet agrivoltaïque, la fondation porte trois exigences en même temps, et elles se contredisent.

La première est mécanique. Les tables sont plus hautes que sur une centrale au sol, souvent entre 2,5 et 5 mètres selon la culture. Une structure plus haute prend plus de vent et transmet des efforts plus importants à l'appui. À sol identique, l'ancrage doit descendre plus profond ou s'élargir.

La deuxième est agricole. Plus l'appui est large, plus il mange de surface cultivable et plus il gêne le passage. L'exploitant, lui, raisonne en largeur d'outil. Un écart de trente centimètres sur l'implantation d'une rangée peut lui interdire un passage.

La troisième est réglementaire. Le cadre agrivoltaïque impose que l'installation soit démontable et que la parcelle retrouve son usage. Une fondation béton coulée en pleine masse répond mal à cette exigence. Le pieu battu et la vis y répondent bien, à condition que le sol le permette.

C'est pour ça que l'étude de sol n'est pas une formalité sur ce type de projet. Elle arbitre entre trois contraintes qui tirent dans des directions opposées. Nous avons détaillé ailleurs comment se choisit une fondation selon la nature du terrain : la méthode est la même, ce sont les critères d'arbitrage qui changent.

Un point pratique, souvent sous-estimé : sur une parcelle agricole, la période où l'on peut battre des pieux n'est pas toute l'année. Il y a les cultures en place, il y a la portance du sol après une pluie, et il y a l'exploitant qui a son propre calendrier. Une cadence de pose annoncée sans regarder ce calendrier est une cadence théorique.

Le raccordement, ou pourquoi un projet agrivoltaïque attend

C'est le sujet qui décale les mises en service, et de loin.

Une parcelle agricole est par définition éloignée des zones où le réseau a de la capacité. Trois questions se posent, dans cet ordre.

Où est le point de livraison ? La distance entre la centrale et ce point détermine la longueur de la liaison, donc son coût et la chute de tension à compenser. Sur plusieurs centaines de mètres, ce n'est plus une ligne de devis, c'est un poste du budget.

Quelle capacité reste-t-il ? Un poste source saturé ne se débloque pas parce que le projet est bon. Il se débloque quand des travaux de renforcement sont programmés, et ces travaux ont leur propre calendrier.

Qui traverse quoi ? Une liaison qui franchit une route, un cours d'eau ou une parcelle qui n'appartient pas au porteur de projet demande des autorisations qui ne s'obtiennent pas en quinze jours.

Ces trois questions relèvent du même métier : l'électricité industrielle. Elles se posent identiquement sur une centrale au sol, une ombrière ou une toiture, mais l'éloignement agricole les rend systématiquement plus lourdes.

Nous avons écrit un article entier sur le poste de livraison HTA-BT et les erreurs qu'on y voit revenir. L'essentiel tient en une phrase : la frontière entre ce qui appartient au gestionnaire de réseau et ce qui appartient au producteur se lit avant de dessiner l'implantation, pas après.

L'électricité d'une centrale sur laquelle on travaille tous les jours

Une centrale agrivoltaïque a une particularité qu'on oublie : quelqu'un travaille dessous, toute l'année, avec des machines.

Cela change trois choses dans la conception électrique.

Les cheminements de câbles ne peuvent pas être posés là où un outil agricole passera. Ce qui est enterré doit l'être à une profondeur compatible avec un travail du sol, et signalé de façon lisible par quelqu'un qui n'est pas électricien.

Les coffrets et les armoires doivent être accessibles sans traverser une culture en place, et protégés des chocs. Un coffret en bout de rang dans une parcelle où circule un tracteur ne vit pas longtemps s'il n'est pas protégé.

Les coupures d'exploitation doivent être pensées avec l'exploitant agricole, pas seulement avec le producteur. Ce sont deux calendriers différents sur la même parcelle.

Quand le projet intègre du stockage, ce qui devient fréquent sur les sites éloignés du réseau, une batterie industrielle ajoute son propre lot de contraintes d'implantation et de sécurité. Elle se pose sur une plateforme dédiée, pas au milieu du champ.

Les parcelles qui ont déjà une centrale

Un sujet arrive et il arrivera de plus en plus : les premières installations sur terrain agricole ont maintenant dix à quinze ans. Leurs modules produisent moins, leurs structures ont vieilli, et la surface au sol qu'elles occupent est devenue précieuse.

Remplacer les modules d'une centrale existante par des modules plus puissants permet de gagner de la production sans consommer un mètre carré de plus. C'est ce que recouvre le repowering photovoltaïque, et c'est une opération que nous menons sur site en exploitation, sans arrêter la production de l'ensemble.

Sur une parcelle agricole, l'intérêt est double : la production augmente, et l'emprise ne bouge pas. Pour un exploitant, c'est la différence entre un projet qu'il subit et un projet qui ne change rien à son travail.

Ce que nous faisons, et ce que nous ne faisons pas

Autant l'écrire clairement, parce que le mot agrivoltaïsme recouvre des métiers très différents.

Nous ne développons pas de projet agrivoltaïque. Nous ne portons pas le foncier, nous ne montons pas le dossier devant la commission départementale, et nous ne concevons pas le modèle agronomique.

Nous intervenons sur les lots techniques, en direct ou en sous-traitance du titulaire : les fondations et les structures, l'électricité et le raccordement, et le repowering des installations existantes.

C'est un périmètre restreint et c'est volontaire. Sur ces lots, nous travaillons en France, en Italie, en Allemagne et en Pologne, sur des projets industriels uniquement.

Pour situer ces lots dans l'ensemble d'une opération, nous avons décrit les 6 étapes de la construction d'une centrale photovoltaïque, et la façon dont nous accompagnons un projet de la conception à la mise en service.

Une remarque sur l'amont, pour les bureaux d'études qui nous lisent : la qualité de l'implantation dépend directement de l'outil qui l'a produite. Un calepinage tenu sur tableur se ressaisit à chaque modification, et chaque ressaisie est une occasion d'erreur. Les équipes qui travaillent sur un logiciel bureau d'études PV nous transmettent des plans exploitables directement, ce qui se voit sur le chantier.

Ce qu'il faut arbitrer tôt

Trois décisions coûtent cher quand elles sont prises tard.

La hauteur des tables, parce qu'elle détermine les efforts, donc la fondation, donc le budget de terrassement.

Le point de livraison, parce qu'il détermine la longueur de liaison et la date de mise en service.

La période de travaux, parce qu'elle doit tenir dans le calendrier de l'exploitant, et que ce calendrier ne se négocie pas.

Si vous portez un projet agrivoltaïque et que ces trois points ne sont pas figés, c'est le bon moment pour en parler avec une équipe de chantier.

Questions frequentes

Quelle hauteur faut-il prévoir sous une centrale agrivoltaïque ?

Elle dépend entièrement de l'activité agricole conservée. Un élevage ovin demande peu de hauteur libre, des grandes cultures mécanisées en demandent beaucoup plus, parce que la hauteur doit laisser passer l'outil le plus haut utilisé sur la parcelle. Cette hauteur n'est pas un choix esthétique : elle détermine les efforts de vent transmis à la fondation, donc le dimensionnement de l'appui et le coût des travaux de sol.

Quelles fondations utiliser sur une parcelle agricole ?

Le pieu battu et la vis sont les solutions les plus adaptées, parce qu'elles se démontent et laissent la parcelle dans son état d'origine, ce que le cadre agrivoltaïque exige. Le béton coulé répond mal à cette exigence de réversibilité. Le choix final se fait sur l'étude de sol : une portance faible ou un terrain caillouteux peut interdire le battu et imposer une autre solution.

Pourquoi le raccordement est-il plus long sur un projet agrivoltaïque ?

Parce qu'une parcelle agricole est généralement éloignée des postes sources disposant de capacité disponible. Trois facteurs s'additionnent : la longueur de la liaison à créer, la capacité restante au poste source, et les autorisations de passage quand la liaison traverse une route, un cours d'eau ou une parcelle tierce. Aucun de ces trois facteurs ne se raccourcit une fois le projet lancé, ce qui rend l'étude amont déterminante.

Peut-on installer du stockage sur une centrale agrivoltaïque ?

Oui, et c'est fréquent sur les sites éloignés du réseau, où le stockage permet de lisser l'injection. Le point d'attention est l'implantation : une batterie industrielle demande une plateforme dédiée, un accès pompier et un éloignement des zones exploitées. Elle ne se pose pas au milieu de la parcelle cultivée.

Que devient une installation agrivoltaïque en fin de vie ?

Le cadre impose la réversibilité : la structure se démonte et la parcelle retrouve son usage agricole. En pratique, une autre voie se présente souvent avant le démantèlement, celle du remplacement des modules par des modules plus performants. La production augmente sans que l'emprise au sol change, ce qui est généralement préférable pour l'exploitant comme pour le producteur.

MCK Services construit-il des centrales agrivoltaïques ?

Non, pas dans leur ensemble. Nous n'assurons ni le développement du projet, ni le montage du dossier, ni la conception agronomique. Nous intervenons sur les lots techniques, en direct ou en sous-traitance : fondations et structures, électricité et raccordement, repowering d'installations existantes. C'est le même périmètre que celui que nous appliquons sur les ombrières, où nous traitons le lot électrique et non l'ouvrage complet.

Vous avez un projet en cours ou en réflexion ?

Première discussion technique, sans engagement.

Nous contacter

Suivez MCK Services

Retrouvez nos newsletters sur Substack